Commentaire – par Amicie Pélissié, coordinatrice de CathoVoice

Après la liesse de la rencontre avec les jeunes à Blonia hier, les trois temps forts de la journée ont placé ce vendredi 29 juillet sous le double signe de la souffrance et du silence.

Le pape François s’est rendu ce matin à Auschwitz-Birkenau, le plus grand camp d’extermination nazi où 1.1 million de personnes sont mortes. « Vallée obscure de l’humanité » dans les termes de Benoit XVI qui s’y était rendu il y a dix ans, Auschwitz est devenu un mémorial de la souffrance humaine. L’Église catholique y assure une présence dans le Centre de dialogue et de prière d’Oswiecim, ouvert en 1992. Le but, pour son recteur, le père Manfred Deselaers, est avant tout d’être présent : « Le plus important face à la blessure d’Auschwitz, c’est le silence. »

C’est à pied, seul, et sans garde de corps, que le pape François a franchi le portail surmonté de l’inscription JMJ 3 Auschwitzsinistre « Le travail rend libre. »  Il a commencé cette visite, qu’il a souhaité silencieuse et sans discours, par de longues minutes de recueillement sur un banc en plein air. Puis, dans un geste spontané, le pape s’est approché d’un poteau d’exécution et l’a embrassé. Dans la cour du bloc 11, à quelques mètres, François a ensuite rencontré des survivants du camp, dont trois centenaires. Il s’est entretenu avec eux individuellement, avant de les embrasser ou de prendre le temps de regarder des photos avec chacun. Il s’est également recueilli dans la pénombre de la « cellule de la faim », cette cellule du bloc 11 où saint Maximilien Kolbe, un prêtre polonais, fut assassiné en 1941 à la place d’un père de famille, dont il avait sauvé la vie.

François a ensuite gagné le camp voisin de Birkenau, ou Auschwitz-II, distant de 3 km. Nouvelles images impressionnantes, au seuil de cet immense camp de 170 ha qui fut le complexe de la mort le plus perfectionné du système nazi,JMJ 3 Birkenau où les fours crématoires ont dû tourner nuit et jour pour « absorber » les arrivées de plus en plus massives de déportés. C’est là, au milieu des rails où accostaient les déportés, bordés par les murs des chambres à gaz et les sinistres cheminées, que François s’est recueilli, debout devant le mémorial des Justes. Le psaume 130, psalmodié en hébreu puis lu en polonais, sera le seul texte prononcé dans ce lourd silence.

L’après-midi, François s’est rendu au grand hôpital pédiatrique de Cracovie, qui a la particularité d’abriter les reliques de saint Jean-Paul II, la figure tutélaire de ces JMJ. En présence du corps médical et de la Premier ministre, le pape y a salué « une vraie civilisation, humaine et chrétienne », qui mette « au centre de l’attention sociale et politique les personnes les plus défavorisées » au lieu de tomber dans la culture du déchet, selon une formule qui lui est chère. Dans une ambiance toujours intime, le pape a dit vouloir « se tenir tout proche de chaque enfant malade, près de son lit, les embrasser un par un, les écouter ne serait-ce qu’un moment et faire silence ensemble face aux questions auxquelles il n’y a pas de réponses immédiates. » François a ensuite passé un moment privé avec les jeunes malades, loin des caméras et des micros.

JMJ 3 CDC 2Enfin ce soir, le pape a rejoint le grand podium de Blonia pour le grand chemin de croix avec les jeunes, où il a aussi retrouvé, avec une joie visible, les cardinaux présents, dont le cardinal Philippe Barbarin, qu’il a salué d’une accolade fraternelle. Traditionnel rendez-vous des JMJ, cette cérémonie suit les quatorze « stations », ou moments forts de la mise à mort puis de l’agonie de Jésus-Christ. S’y sont ajoutées cette année 14 gestes de miséricorde, matériels ou spirituels, proposés par le pape aux jeunes en cette année de la miséricorde. La célèbre croix des JMJ a fait le tour du podium – parmi les porteurs, on notera un couple de réfugiés syriens, ou encore des sœurs de mère Teresa, qui doit être canonisée le 4 septembre prochain.

Le pape s’est adressé directement aux jeunes, en leur proposant, au terme d’une journée marquée par le silence et la souffrance, une réflexion sur la quête de Dieu face au mal.

« Où est Dieu – Dove e Dio ? » a-t-il martelé plusieurs fois, JMJ 3 CDC 3pour répondre : « Il existe des interrogations auxquelles il n’y a pas de réponse humaine. Nous ne pouvons que regarder Jésus et l’interroger. Et voici la réponse de Jésus : Dieu est en eux. Il souffre en eux. » Sous les applaudissements des jeunes, le pape a ensuite salué les réfugiés syriens, parlant de « l’amour spécial » avec lequel Jésus « embrasse nos frères syriens, qui ont fui la guerre. »

Enfin, fidèle au sens de ces méditations de chemin de croix qui sont de grandes réflexions sur le sens de la souffrance dans la vie, François a désigné le chemin de la croix comme chemin pour apprendre à se mettre au service des autres, en concluant avec force : « Le monde entier nous regarde. »

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Dernière ligne droite demain pour François et les jeunes, qui se retrouveront pour la grande veillée de prière au Campus de miséricorde, à 15 km de Cracovie, distance que les jeunes effectueront à pieds, toute la journée. Avant cela, François se rendra au sanctuaire de la Divine miséricorde de Cracovie tôt le matin, puis célèbrera la messe avec les prêtres et les religieux.