Commentaire – par Amicie Pélissié, coordinatrice de CathoVoice

papeAprès une arrivée chaleureuse, quoi que sous haute protection, à l’aéroport de Cracovie, le pape François s’est offert un bref bain de foule dans une voiture aux vitres baissées, saluant les fidèles venus l’accueillir sur le tarmac.

Dans l’avion qui l’amenait en Pologne, le pape était revenu sur les dramatiques événements de Saint Etienne du Rouvray, saluant, dans le père Jacques Hamel, un « saint prêtre, qui offrait ses prières pour toute l’Église », et qui est venu rejoindre une longue liste de « chrétiens, d’innocents, d’enfants », victimes aussi de la « barbarie ». « Le monde a perdu la paix, a-t-il ajouté, avant de prononcer cette phrase abondamment reprise sur les réseaux sociaux : « Ce n’est pas une guerre de religion … Toutes les religions veulent la paix. C’est une guerre d’intérêts, une guerre pour la domination des peuples ».

A Cracovie, le pape s’est ensuite rendu sur la colline de Wavel, un haut lieu de la mémoire polonaise puisque la cathédrale, qui surplombe la Wisla, abrite les tombeaux des rois et reines de Pologne. Photo_Wavel

C’est de la cour du château royal adjacent que le pape a adressé son premier message aux autorités polonaises. Devant les 800 invités de son auditoire, François a évoqué le passé de la Pologne, un pays qui doit retrouver la force qui l’a fait traverser « les tempêtes » de l’histoire pour affronter les défis du présent. Parmi ces défis, le pape en a isolé deux, relativement attendus : la question migratoire, et la politique familiale. Concernant l’accueil des migrants, un sujet hautement sensible en Pologne où le gouvernement a tout bonnement refusé l’accueil, François a invité à un surcroit de « sagesse et de miséricorde », pour « dépasser les peurs ». Il rejoint en cela l’épiscopat polonais, qui, le 30 juin dernier, avait lancé un appel à la « conversion des cœurs » aux besoins des plus souffrants.

Le pape s’est également exprimé sur l’accueil de la vie, parlant de « l’urgente nécessité de protéger la vie » de ses débuts à sa fin et exhortant les dirigeants politiques à voir dans les familles « les cellules premières et fondamentales » de la société. Fidèle à l’écologie humaine développée dans Laudato Si, il a formulé cette défense de la vie dans les termes larges qui sont les siens, du respect et du soin de la vie sous toutes ses formes.

L’Europe était un autre moment fort du message du pape, dont c’est certes le premier voyage en Europe de l’Est, mais aussi, seulement le deuxième en Europe, après la Grèce en avril. François, qui est connu pour ses prises de position vigoureuse à l’égard d’un continent « effrayé » et « replié sur lui-même », a choisi l’autre volet de son message à l’Europe : un continent qui peut puiser dans son histoire les éléments d’une créativité nouvelle pour répondre aux défis de l’avenir et repousser la tentation de la sclérose. Le pape n’a pas hésité à saluer un nouvel humanisme européen, dans des termes très similaires aux propos tenus au journal La Croix le mois dernier sur la mission créatrice de la France chrétienne.

François, qui se rend en Pologne pour les 31e Journées Mondiales de la Jeunesse, a également évoqué le futur de la jeunesse : « Les jeunes ne devraient pas seulement être aux prises avec des problèmes ; ils devraient aussi profiter de la beauté de la Création, des bienfaits que nous pouvons leur apporter, et de l’espoir que nous pouvons leur apporter. » Dans le contexte tourmenté que connaît l’Europe, ces mots ne manqueront pas de résonner auprès d’une jeunesse à qui le futur a tout pour paraître incertain.

Photo_Cathédrale

Il a ensuite passé deux moments privés, rencontrant successivement le président polonais, Andrzej Duda, du parti conservateur Droit et Justice, puis quelques 130 évêques polonais. Cette deuxième rencontre, qui devait être publique, a finalement eu lieu à huis-clos dans la cathédrale même, à la demande du Vatican.

C’est vers sa rencontre avec la jeunesse que se dirige désormais le pape, qui sera accueilli par les 600 000 pèlerins demain à Blonia à 17h. Auparavant, il célèbrera, à 10h, la messe de commémoration du 1050e anniversaire de la Pologne. Très attendu, cet événement se déroulera dans le sanctuaire de Jasna Gora, à Czestochowa, capitale spirituelle de la Pologne et haut-lieu de la résistance catholique au régime soviétique.

Photo_JP2 et Wysz

Le sanctuaire abrite la célèbre icône de la Vierge noire, mais aussi le prix Nobel de la paix reçu par Lech Walesa en 1983 ; il fut le lieu où fut lue la prière écrite depuis sa prison communiste par l’ancien primat de Pologne Mgr Stefan Wyszynski (photo, à gauche), le mentor spirituel du futur Jean-Paul II et une véritable légende en Pologne.