Commentaire – par Amicie Pélissié, coordinatrice de CathoVoice

Dans un campus nimbé par un soleil couchant en feu, le pape François a prononcé son très attendu discours devant un million de jeunes. Visages tendus, écouteurs vissés dans les oreilles, regards attentifs : ses « chers jeunes » n’ont pas perdu une seconde de ce discours, qui précédait la grande veillée d’adoration des JMJ.

Discours Pape SouriantDevant eux, le pape s’est livré à un dialogue énergique, alternant remontrances, exhortations, encouragements et prière. Il a incité à deux reprises les jeunes à se prendre par la main et à faire silence pour prier pour la paix – une minute de silence sans doute aussi médiatisée que celle demandée par Benoit XVI à Madrid en 2011 en plein orage, et qui avait frappé de nombreux participants.

 

Son discours à la jeunesse du monde, ciselé au burin de l’actualité et de l’espérance, tient en trois points :

La paralysie tue

Fille de la peur et sœur de la fermeture, la paralysie enfonce les jeunes dans le « divan bonheur ». C’est « croire que pour être heureux nous avons besoin d’un bon divan, qui nous aide à nous sentir à l’aise, tranquille, en sécurité (…) ; un divan contre tout espère de douleur et de crainte, qui nous maintiendra enfermés à la maison. » Elle nous fait « perdre la saveur de la rencontre ». Et François de lancer au million de jeunes : « Voulez-vous être de jeunes abrutis ? », déclenchant un cri unanime de « Non » ! Après le divan de bonheur, le pape propose alors aux jeunes Jésus, le « Seigneur du risque ». Et pour le suivre, de troquer le canapé pour une « paire de chaussure de marche. Avec crampons ! ».

Aller par les routes qui nous invitent à être dans les médias, la politique, à penser à une économie plus solidaire. Amour de Dieu nous invite à porter la bonne nouvelle, en faisant de notre propre vie un don pour les autres. Cela signifie être courageux et livre.

Construire des ponts et non des murs.

Un appel qui parcourt tout le pontificat de François, depuis 2013. Aux jeunes, le pape a réexpliqué : « On Jeune pont avec mainvoudrait nous faire croire que nous enfermer est la meilleure manière de se protéger. » Il les a énergiquement encouragés à enseigner aux adultes à « cohabiter dans le dialogue, la multi-culturalité ». « Nous vous demandons, a-t-il lancé, que vous exigiez de nous que nous parcourions les routes de la fraternité ». C’est à ce moment qu’il a, pour la seconde fois dans son discours, invité le million de jeunes du Campus Misericordiae à se donner la main pour former une chaine humaine, un « pont de fraternité vivant ». « Puissent les grands de ce monde apprendre à faire de même ! », a repris François, sous les applaudissements spontanés et nourris de la foule.

Laisser une empreinte dans l’histoire.

Le troisième grand thème de ce discours les rassemble tous, et restera sans doute dans les mémoires de nombreux jeunes. Discours papeA quatre reprises, le pape a invité les jeunes à laisser leur empreinte dans l’histoire, en refusant de payer « le prix si élevé du confort », qui est le « dépouillement de sa liberté ». À une foule de jeunes aussi émus que captivés, François, qui s’est plusieurs fois éloigné de son texte, s’est exclamé : « Voulez-vous vous laisser dépouiller de votre liberté ? », suscitant une nouvelle vague d’acclamations. Il leur a proposé de nombreux terrains d’exercices de cette liberté : les médias, la politique, une économie plus solidaire. Partout, « l’amour de Dieu invite à porter la Bonne nouvelle, en faisant de notre propre vie un don pour les autres ».

Ce discours à la jeunesse avait tout d’un défi adressé par le successeur de Pierre à tous les jeunes du monde, auxquels il a voulu dire que Dieu « attend quelque chose » d’eux, que Dieu « invite à rêver, à te faire voir qu’avec toi le monde peut être différent. »

Reprenant une formule de son message aux jeunes Texans de mercredi dernier, François a parlé d’un « aujourd’hui qui n’accepte que des joueurs titulaires sur le terrain. Il n’y pas de place pour les réservistes. Le monde nous demande d’être protagonistes de l’histoire. Car la vie est belle à condition dela vivre, de vouloir y laisser une empreinte. »

Et, avec des accents rappelant les appels lancés par Jean-Paul à ses jeunes de l’an 2000, le pape a poursuivi avec force : « Quand le Seigneur nous appelle, Il ne pense pas à ce que nous étions. Il regarde tout ce que nous pourrions faire, tout l’amour que nous sommescapables de propager. Lui parie toujours sur l’avenir, sur demain. Jésus te projette à l’horizon, jamais au musée. »

Joie jeunes

Puis de conclure : « Jésus, qui est la Vérité, t’invite à abandonner les routes de la division, du non sens. Que répondent tes mains, tes pieds, au Seigneur. Que le Seigneur bénisse vos rêves ! »

De l’émotion, les jeunes sont passés à l’enthousiasme, applaudissant de longues minutes le pape qui leur a montré le chemin de l’action et de l’avenir à la suite de Jésus. Le pape et les jeunes sont ensuite entrés dans une veillée de prière et de silence face à l’Eucharistie, dans un campus que l’obscurité gagnait peu à peu.