Commentaire – par Amicie Pélissié, coordinatrice de CathoVoice

Pour sa deuxième journée en Pologne, François a rallié Czestochowa puis Blonia, lieu de sa première rencontre avec les jeunes du monde.

Salutation-Francois

La visite au sanctuaire de Jasna Gora restera l’un des temps forts du voyage polonais de François. Le sanctuaire marial n’est pas seulement un haut lieu de l’histoire polonaise ; il est aussi le lieu d’une des premières JMJ, ayant accueilli le rendez–vous de JP II et les jeunes en 1991. « On remarque à l’intérieur des nations la soif d’une unité qui abatte toute frontière d’indifférence et de haine. Un grand devoir vous incombe, particulièrement à vous les jeunes: celui de bâtir une société plus juste et solidaire », y avait lancé le pape polonais à la jeunesse, dans un contexte national tendu. Sa 4e visite à son pays natal intervenait en effet moins de deux ans après la fin du régime communiste, alors que de nouvelles lignes de tension se dessinaient entre les anciens opposants désormais au pouvoir et l’Eglise polonaise. « Il n’existe pas d’histoire de la Pologne sans Jasna Gora », dit le père Paul-François, un des « gardiens » du sanctuaire.

Le pape François y a célébré la messe ce matin en l’honneur de l’anniversaire du baptême de la Pologne, en présence des hautes autorités de l’Etat. L’anniversaire marque les 1050 ans écoulés depuis la conversion du prince polonais Mieszko et de son peuple, en 966. La force des commémorations de ce jour vient de ce qu’en 1966, le millénaire du baptême n’avait pu être célébré sous le régime communiste.  Au cours de son homélie, le pape a salué, pour la deuxième fois, l’histoire de ce pays, dans laquelle il voit une formidable réserve d’énergie spirituelle et morale où puiser des forces pour le présent.

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Ensuite, François s’est rendu au parc Blonia, tout à l’ouest de Cracovie pour le très attendu accueil de la jeunesse. Le court trajet a été effectué à bord d’un tramway écologique aux couleurs du Vatican, un de ces gestes atypiques dont le pape a le secret. Avant d’embarquer, François a distribué des chapelets, sous une pluie qui n’avait pas empêché les jeunes de lui réserver un accueil en fanfares et trompettes. Il a ensuite béni les jeunes handicapés qui ont fait le trajet avec lui dans le tram, commençant ainsi sa rencontre avec la jeunesse du monde par un échange avec les plus fragiles. Le cortège, hautement sécurisé, a parcouru les quelques kilomètres jusqu’à Blonia dans une ambiance aussi festive que simple. Le pape, qui a semblé serein et heureux, saluait les participants massés le long du tram « comme s’il connaissait chacun », ont souligné les journalistes sur place.

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A Blonia, l’atmosphère est résolument festive, reflétant l’harmonie de cette « mosaïque de visages divers » – et souriants – appelée de ses vœux par le pape François hier. « La pluie, au lieu d’atténuer l’ambiance, ne fait que renforcer cette image colorée de ponchos jaunes, blancs, rouges et bleus, qui se baladent en attendant l’arrivée du pape ! », rapporte Franziska Harter, coordinatrice CV depuis Cracovie.

Au son d’hymnes polonais enlevés, des centaines de milliers de jeunes ont accueilli François, qui a fait tout le trajet debout dans sa papamobile au milieu des drapeaux et des danses exubérantes que n’ont altéré ni la pluie et ni le sol détrempé. Après l’hymne des JMJ, le cardinal Stanislas Dziwisz, archevêque de Cracovie, et primat de Pologne, a « salué cordialement le successeur de Pierre », venu pour la « grande initiative pastorale, à la mesure de l’église du 3e millénaire et de la foi chrétienne », que sont les JMJ. « En ces temps de violence, nous voulons être miséricordieux comme le Père, construire un monde plus solidaire. (…) Saint Père, renforce-nous dans l’espérance », a conclu Mgr Dziwisz, avant de lancer : « Merci aux jeunes d’être présents ! ». Des jeunes délégués, partagés entre l’émotion, la joie et la gravité, ont ensuite accueilli le pape par ces mots : « Saint-Père, écoute nos tristesses et nos espérances, montre-nous le seul chemin pour être heureux. »

Des images particulièrement fortes d’unité et de fraternité, après l’actualité dramatique de ces derniers jours. Danses traditionnelles polonaise, argentine, indienne, et africaine se sont succédées devant le podium, pour souhaiter au pape la bienvenue à Cracovie, tandis que les centaines de milliers de jeunes du parc Blonia reprenaient les mouvements de danse dans une atmosphère de liesse. Ce sont ensuite les drapeaux des 187 pays représentés qui ont défilé tout autour du podium, tandis que les saints patrons des 5 continents étaient présentés à la foule, sous le regard d’abord joyeux, puis visiblement recueilli, du pape François.

 

 

La cérémonie s’est conclue sur l’adresse très attendue du pape aux jeunes (texte intégral ici). Messe-joieIl a commencé par remercier saint Jean-Paul II et fait monter les applaudissements pour l’initiateur des JMJ, – coupant court aux rumeurs d’une Pologne clivée entre « son » pape polonais et François. Depuis le podium blanc surmonté d’une croix, et adossé aux fresques géantes des visages du Christ de la Miséricorde et de Jean Paul II, François a ensuite délivré un hommage vibrant à la jeunesse catholique, dans un italien dynamique. « Lorsque Jésus touche le cœur d’un jeune, d’une jeune, ceux-ci sont capables d’actions vraiment grandioses. C’est un don du ciel, a-t-il poursuivi, de pouvoir voir beaucoup d’entre vous qui, avec vos interrogations, cherchent à faire en sorte que les choses soient différentes. Il est beau, et cela me réconforte, de vous voir si enthousiastes. »

La miséricorde, le thème de ces 31e JMJ, était, sans surprise au cœur de ce discours. Une miséricorde qui « a toujours le visage jeune », a dit le pape, avant de lancer aux jeunes : « Le monde veut apprendre de vous pour renouveler sa foi dans la miséricorde. »  Une méditation exigeante, et recueillie. « Vertige aliénant ou force de la grâce ? » La réponse, pour François ne peut être qu’une : « Ce n’est pas une chose, ce n’est pas un objet, c’est une personne et elle est vivante, elle s’appelle Jésus Christ… » Et d’insister : « Jésus Christ est celui qui sait donner une vraie passion à la vie, c’est Jésus Christ qui nous aide à nous relever chaque fois que nous baissons les bras. C’est Jésus Christ qui nous pousse à élever le regard et à rêver haut. (…) »

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Yeux fermés, visages émus, concentrés, mains jointes, ponchos immobiles : dans un grand silence, la dernière question du pape a résonné : « Veux-tu une vie pleine ? Commence par te laisser émouvoir ! Le bonheur germe et s’épanouit dans la miséricorde : voilà sa réponse, voilà son invitation, son défi, son aventure : la miséricorde. »

 

C’est cette promesse d’une « aventure », celle de « construire des ponts et d’abattre des murs », que le pape a laissé aux jeunes avant de quitter Blonia. Il se rendra demain à Auschwitz, comme Jean-Paul II et Benoit XVI avant lui. La visite, très attendue, devrait consister en un temps de recueillement, sans prise de parole publique.