Mouvement « No Child », extinctions d’espèces animales, pollution industrielle ou encore immigration massive, … tout le monde a plus ou moins un avis sur ces questions. Se préoccuper d’écologie en tant que croyants nous met pourtant aujourd’hui dans une double impasse, parfois même quand on aborde le sujet entre nous !

D’un côté, on se voit confronté à des remises en question violentes de l’action sociale de l’Eglise, accusée par exemple d’irresponsabilité quand elle questionne le bien-fondé de la contraception ou de la stérilisation chimique dans le cas du mouvement No Child. Dans ce cas, le croyant est bien souvent mis dans la case « catho de droite réac » avec tous les sujets liés (anti-avortement, anti-immigration…). De l’autre côté, quand le croyant parle de préservation de la planète, d’accueil des réfugiés etc., il risque être étiqueté « catho de gauche » et soupçonné de s’emparer d’un sujet à la mode pour se ranger derrière la masse de ses contemporains, tout comme l’Eglise qui semble parfois vouloir sauter dans le train déjà bien en route de l’enjeu écologique pour plaire à notre monde sécularisé.

Un sujet, deux impasses – clairement une mission pour la prise de parole catholique !

Par où rejoindre nos interlocuteurs ?

Quelques soit l’étiquette que nous colle notre interlocuteur, reconnaître l’intention positive qui nous réunit est le premier pas vers un échange apaisé et fructueux.

Ainsi, la préservation de la nature, de meilleures conditions de vie pour tous les hommes, une consommation raisonnable et responsable versus le gaspillage, solidarité et développement durable : les causes écologiques auxquelles notre conscience catholique nous permet d’adhérer avec facilité sont nombreuses.[2]

Il convient en même temps de rappeler que l’Eglise est d’abord une communauté de croyants. Sa vocation première est de rayonner la foi, de parler de Dieu avant de parler de l’environnement. Dans sa sagesse millénaire, elle fait cela tout en œuvrant également à améliorer les conditions de vie autour du globe. L’Eglise avait une pensée « écologique » bien avant que le sujet devienne « à la mode » : l’écologie s’inscrit dans l’Enseignement social de l’Eglise et est ainsi liée à un grand nombre d’autres sujets : économie, travail, pauvreté, dignité humaine, famille, éducation, bioéthique, transhumanisme, développement & solidarité internationale etc. Elle découle aussi profondément de la théologie de la Création. L’encyclique Laudato Si’ du Pape François le montre bien en abordant tous ces sujets et en s’inscrivant profondément dans la tradition de la pensée de l’Eglise.

La valeur ajoutée d’une voix chrétienne

L’Eglise n’est ni un parti, ni une ONG. Elle ne lutte pas pour son intérêt privé ou pour défendre son dogme, mais pour le bien commun, pour le bien de tous les enfants de Dieu.  C’est ce qui nous permet de trouver des messages qui différencient le discours catholique d’un discours militant, de donner du fond et non d’attiser les polémiques.

Le Jardin des délices – Jérôme Bosch

1) La nature a sa propre dignité. Elle mérite notre respect et notre soin : « ‘Par la parole du Seigneur les cieux ont été faits’ (Ps 33, 6). (…) Le monde est issu d’une décision, non du chaos ou du hasard, ce qui le rehausse encore plus. Dans la parole créatrice il y a un choix libre exprimé. (…) La création est de l’ordre de l’amour. L’amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création. (…) Par conséquent, chaque créature est l’objet de la tendresse du Père, qui lui donne une place dans le monde. Même la vie éphémère de l’être le plus insignifiant est l’objet de son amour, et, en ces peu de secondes de son existence, il l’entoure de son affection. »[3]

2) L’homme fait partie de la création. Il en est même la couronne : créé à l’image de Dieu, il a une dignité inaliénable et porte une responsabilité pour le reste de la création. La rupture entre l’homme et la nature se produit là où l’homme devient tyran pour ses co-créatures, en oubliant qu’il partage avec tout l’univers la condition d’enfant bien-aimé de Dieu, courant ainsi vers son autodestruction.[4] Supprimer l’homme pour sauvegarder la nature ne peut cependant pas être la solution. Ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est les deux à la fois. La sauvegarde de la planète doit toujours passer par une réflexion approfondie de ce qu’est l’être humain. L’être humain, tous les êtres humains, doivent être au centre des préoccupations écologiques.

3) Nous sommes faits pour l’éternité. Quand nous parlons d’écologie, en acceptant de mettre ce mot là sur une réalité qui pour nous chrétiens a une existence millénaire, c’est parce que nous y voyons une chance d’accéder aux cœurs et esprits et leur pointer un chemin vers le sens profond de notre existence : Dans quelles conditions vivre pour mieux trouver (et écouter) Dieu, servir le prochain et pour rayonner la foi autour de nous ? Cette question fondamentale devrait nous aider à ne pas perdre de vue que notre combat est et restera toujours et d’abord le salut de notre âme et de l’âme des autres. L’inquiétude pour la sauvegarde de notre planète s’en trouvera remise à sa juste place : oui, elle nous est confiée et nous avons à en prendre soin, mais elle aura une fin, comme elle a eu un début, peu importe ce que nous faisons : nous ne sommes pas les maîtres de ce monde et nous sommes créés pour un autre monde qui, lui, ne finira jamais.

Pour conclure, parler écologie ne signifie pas s’emparer d’un sujet à la mode pour y coller une image « cool » de l’Eglise. Il s’agit plutôt de comprendre que notre époque a trouvé un mot pour ce qui, au fond, devrait être simplement une vie chrétienne ! Simplicité de vie, attention aux autres, consommation raisonnable, considération de la valeur du travail humain, soin pour la création qui nous est confiée, émerveillement devant l’œuvre de Dieu… c’est ce que les chrétiens sont appelés de vivre depuis des siècles ! Il suffit de jeter un coup d’œil dans un monastère pour s’en convaincre…

[1] Cf. https://www.liberation.fr/planete/2018/11/29/couche-culotte-ou-couche-d-ozone-faut-il-choisir_1695105 (06.05.2019)

[2] Le Pape Benoit XVI exprimait son estime pour le mouvement écologique en disant  que « des personnes jeunes s’étaient rendu compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans nos relations à la nature; que la matière n’est pas seulement un matériel pour notre faire, mais que la terre elle-même porte en elle sa propre dignité et que nous devons suivre ses indications. » https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2011/september/documents/hf_ben-xvi_spe_20110922_reichstag-berlin.html

[3] http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.html §77

[4] Le Pape Benoit XVI rappelle à cet égard que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature, et sa volonté est juste quand il respecte la nature, l’écoute et quand il s’accepte lui-même pour ce qu’il est, et qu’il accepte qu’il ne s’est pas créé de soi. »  https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2011/september/documents/hf_ben-xvi_spe_20110922_reichstag-berlin.html